LMIA : ce que l'employeur doit faire pour vous embaucher
La LMIA (Étude d'impact sur le marché du travail), ou EIMT en français, est la démarche qu'un employeur canadien doit souvent entreprendre pour pouvoir embaucher légalement un travailleur étranger. Comprendre ce processus est essentiel, surtout si tu cherches un emploi au Canada depuis l'étranger ou si tu négocies avec un employeur potentiel. En 2025-2026, avec les nouvelles cibles d'immigration et les ajustements au Programme des travailleurs étrangers temporaires, la LMIA demeure un outil central pour accéder au marché du travail canadien.
Qu'est-ce que la LMIA ?
La LMIA est une évaluation par ESDC (Emploi et Développement social Canada) qui détermine si l'embauche d'un travailleur étranger aura un impact positif, neutre ou négatif sur le marché du travail canadien. En clair : l'employeur doit prouver qu'il n'a pas trouvé de Canadien ou de résident permanent qualifié pour le poste.
Cette évaluation protège les travailleurs canadiens en s'assurant que les employeurs ont réellement épuisé toutes les options locales avant de se tourner vers la main-d'œuvre internationale. Elle vérifie également que les conditions d'emploi offertes respectent les normes canadiennes en matière de salaire, d'heures de travail et de conditions de travail.
Selon les données d'ESDC pour 2024, environ 183 000 LMIA positives ont été émises, une augmentation de 12 % par rapport à 2023. Les secteurs les plus demandeurs incluent l'hébergement et la restauration (28 %), l'agriculture (22 %), la construction (15 %) et les technologies de l'information (11 %).
Qui fait la demande de LMIA ?
C'est toujours l'employeur, pas le travailleur. Si quelqu'un te demande de payer pour une LMIA, c'est une arnaque. Les frais sont à la charge exclusive de l'employeur. Cette règle est absolue et protégée par la loi canadienne.
L'employeur assume non seulement les frais de traitement de 1 000 $ CAD par poste, mais également tous les coûts associés au recrutement, à la publicité et à la préparation du dossier. Certains employeurs font appel à des consultants en immigration ou à des avocats spécialisés pour maximiser leurs chances d'obtenir une LMIA positive, ce qui représente des coûts supplémentaires de 2 000 $ à 5 000 $ selon la complexité du dossier.
Processus de LMIA étape par étape
Étape 1 : Recrutement actif
L'employeur doit démontrer qu'il a fait des efforts réels pour trouver un Canadien ou RP pour le poste. Cette étape est cruciale et fait l'objet d'une vérification rigoureuse par ESDC :
- Affichage du poste sur Guichet-Emplois (Job Bank du gouvernement fédéral) — obligatoire et gratuit
- Au moins deux autres méthodes de recrutement (LinkedIn, Indeed, site Web de l'entreprise, journaux locaux, associations professionnelles, etc.)
- Durée minimale de 28 jours consécutifs d'affichage actif avant la soumission de la demande
- Documentation complète de toutes les candidatures reçues et des raisons de rejet
- Preuve d'entrevues menées avec des candidats locaux qualifiés
L'employeur doit conserver des preuves détaillées : captures d'écran des annonces avec dates, statistiques de visionnement, copies des CV reçus, notes d'entrevue et justifications claires expliquant pourquoi aucun candidat canadien ne répondait aux exigences du poste. ESDC peut demander ces documents à tout moment durant l'évaluation.
En 2025, ESDC a renforcé ses exigences concernant le salaire offert : celui-ci doit correspondre au salaire médian de la profession dans la région, tel qu'indiqué dans les données du Guichet-Emplois. Offrir un salaire inférieur entraîne presque systématiquement un refus de LMIA.
Étape 2 : Soumission de la demande à ESDC
L'employeur soumet sa demande en ligne via le Portail des employeurs d'ESDC avec un dossier complet comprenant :
- Formulaire EMP5593 (Demande d'étude d'impact sur le marché du travail) dûment rempli
- Description détaillée du poste : tâches quotidiennes, qualifications requises, compétences linguistiques nécessaires
- Conditions d'emploi : salaire horaire ou annuel, heures de travail, avantages sociaux, lieu de travail
- Preuves de recrutement : captures d'écran, statistiques de candidatures, liste des candidats contactés
- Raisons justifiant l'embauche étrangère malgré le recrutement local : compétences spécialisées introuvables, pénurie documentée dans la région
- Plan de transition (pour certains postes) démontrant comment l'employeur formera des Canadiens à long terme
- Paiement des frais de 1 000 $ CAD par travailleur, non remboursable même en cas de refus
Pour les postes de haute rémunération (salaire au-dessus de la médiane provinciale ou territoriale), l'employeur doit également soumettre un plan de transition démontrant ses efforts pour réduire sa dépendance aux travailleurs étrangers temporaires sur une période de deux ans.
Étape 3 : Évaluation par ESDC
ESDC examine le dossier selon plusieurs critères stricts :
- Authenticité de l'offre d'emploi et viabilité de l'entreprise
- Conformité du salaire avec les normes régionales et provinciales
- Qualité et étendue des efforts de recrutement
- Impact sur le marché du travail local : l'embauche créera-t-elle ou maintiendra-t-elle des emplois pour les Canadiens ?
- Respect des lois du travail par l'employeur (vérification des antécédents)
- Conditions de travail offertes : conformité avec les normes de santé et sécurité
ESDC peut contacter l'employeur pour demander des clarifications ou des documents supplémentaires. Répondre rapidement et complètement à ces demandes est essentiel pour éviter des délais supplémentaires ou un refus.
Étape 4 : Décision d'ESDC
ESDC évalue le dossier et rend une décision qui peut être :
- LMIA positive : l'employeur peut faire une offre formelle et le travailleur peut demander un permis de travail auprès d'IRCC. La LMIA positive est valide pendant six mois.
- LMIA négative : l'embauche étrangère n'est pas approuvée. L'employeur reçoit une lettre expliquant les raisons du refus. Il peut corriger les lacunes et soumettre une nouvelle demande avec de nouveaux frais.
En 2024, le taux d'approbation global des LMIA était d'environ 78 %, avec des variations importantes selon les secteurs et les régions. Les provinces de l'Atlantique et les territoires affichent généralement des taux d'approbation plus élevés en raison de pénuries de main-d'œuvre plus prononcées.
Délais de traitement en 2025-2026
Les délais varient considérablement selon le type de LMIA et le secteur d'activité :
- LMIA haute rémunération (salaire au-dessus de la médiane provinciale) : environ 8 à 12 semaines en moyenne
- LMIA faible rémunération (salaire sous la médiane) : 10 à 15 semaines, avec des restrictions supplémentaires depuis 2024
- Programme agricole : processus accéléré de 4 à 8 semaines pour les travailleurs saisonniers
- Postes en technologie : traitement prioritaire dans certaines provinces (Ontario, Colombie-Britannique) avec délais de 6 à 10 semaines
- Postes de gestion et cadres : 10 à 14 semaines avec examen approfondi du plan de transition
Ces délais sont indicatifs et peuvent varier selon le volume de demandes reçues par ESDC. Durant les périodes de pointe (printemps et automne), les délais peuvent s'allonger de 2 à 4 semaines supplémentaires.
LMIA et Express Entry : un avantage stratégique
Une LMIA positive pour un poste de niveau CNP 0, A ou B (selon l'ancienne classification) ou FEER 0, 1, 2 ou 3 (selon la nouvelle classification CNP 2021) te donne droit à des points supplémentaires dans ton score CRS du système Entrée express :
- FEER 0 ou 1 (anciennement CNP 0 ou A) : +200 points CRS — un avantage considérable qui peut te propulser au-dessus du seuil d'invitation
- FEER 2 ou 3 (anciennement CNP B) : +50 points CRS — un bonus significatif qui améliore tes chances
Pour bénéficier de ces points, la LMIA doit être valide au moment de la soumission de ton profil Entrée express et au moment de recevoir une invitation à présenter une demande. L'offre d'emploi doit être pour une durée d'au moins un an après l'obtention de la résidence permanente.
En 2025, avec des seuils CRS oscillant entre 480 et 510 points pour les rondes générales, ces 50 ou 200 points peuvent faire toute la différence entre recevoir une invitation ou attendre indéfiniment dans le bassin.
Types de LMIA selon les catégories de salaire
LMIA haute rémunération
Pour les postes dont le salaire offert est égal ou supérieur au salaire horaire médian de la province ou du territoire (variant entre 23 $ et 32 $ l'heure selon la région en 2025), l'employeur doit :
- Soumettre un plan de transition démontrant comment il réduira sa dépendance aux travailleurs étrangers
- Prouver des efforts de recrutement et de formation de Canadiens
- Respecter un plafond : maximum 20 % de l'effectif total peut être constitué de travailleurs étrangers temporaires à faible salaire (mais ce plafond ne s'applique pas aux postes haute rémunération)
LMIA faible rémunération
Pour les postes sous le salaire médian, des restrictions supplémentaires s'appliquent depuis les réformes de 2024 :
- Plafond de 10 % de travailleurs étrangers temporaires dans les régions à faible taux de chômage (moins de 6 %)
- Plafond de 20 % dans les régions à taux de chômage élevé
- Interdiction complète dans certains secteurs urbains saturés (restauration rapide dans les grandes villes)
- Exigences accrues en matière de logement : l'employeur doit garantir un logement abordable et adéquat
Ces mesures visent à protéger les travailleurs canadiens vulnérables et à éviter que les employeurs n'utilisent les travailleurs étrangers pour maintenir des salaires artificiellement bas.
Principales exemptions à la LMIA
Dans certaines situations, l'employeur n'a pas besoin de LMIA pour embaucher un travailleur étranger. Ces exemptions représentent environ 40 % des permis de travail émis au Canada :
- Travailleurs sous ACEUM/CUSMA (anciennement ALENA) : professions désignées pour les citoyens américains et mexicains
- Transferts intracompagnie : employés mutés au Canada par leur employeur multinational
- Accords de libre-échange : AECG avec l'Europe, PTPGP avec 10 pays d'Asie-Pacifique, etc.
- Programme Expérience internationale Canada (EIC) : PVT, Jeunes professionnels, Stage coop
- Permis de travail post-diplôme (PTPD) : pour les diplômés d'établissements canadiens désignés
- Époux ou conjoints de fait de certains travailleurs qualifiés ou étudiants
- Chercheurs, professeurs et conférenciers invités par des universités canadiennes
- Mobilité francophone : pour les postes hors Québec de niveau FEER 0, 1, 2 ou 3 offerts à des candidats francophones
Si tu es admissible à l'une de ces exemptions, le processus d'embauche est considérablement simplifié et accéléré pour l'employeur, ce qui augmente tes chances d'être embauché.
Obligations de l'employeur après l'obtention de la LMIA
Obtenir une LMIA positive n'est que le début. L'employeur doit ensuite respecter des obligations strictes :
- Respecter les conditions d'emploi : salaire, heures, tâches doivent correspondre exactement à ce qui a été approuvé
- Fournir un environnement de travail sécuritaire conforme aux normes provinciales
- Ne pas facturer de frais de recrutement au travailleur étranger
- Conserver tous les documents liés à la LMIA pendant six ans
- Accepter les inspections d'ESDC à tout moment
- Informer ESDC si le travailleur quitte son emploi avant la fin du contrat
Les employeurs qui ne respectent pas ces obligations peuvent être inscrits sur la liste des employeurs interdits, perdre le droit d'embaucher des travailleurs étrangers pendant deux ans et faire face à des amendes pouvant atteindre 100 000 $ par infraction.
Coûts réels pour l'employeur
Embaucher un travailleur étranger via LMIA représente un investissement significatif pour l'employeur canadien :
- Frais de traitement LMIA : 1 000 $ par poste (non remboursable)
- Publicité et recrutement : 500 $ à 2 000 $ selon les plateformes utilisées
- Consultant en immigration (optionnel) : 2 000 $ à 5 000 $ pour la préparation du dossier
- Temps administratif : 20 à 40 heures de travail interne pour rassembler les documents
- Frais de relocalisation (parfois) : billet d'avion, logement temporaire, peuvent atteindre 3 000 $ à 8 000 $
Au total, l'embauche d'un travailleur étranger via LMIA coûte entre 3 500 $ et 16 000 $ à l'employeur, sans compter le salaire. C'est pourquoi de nombreux employeurs hésitent et préfèrent embaucher des candidats déjà présents au Canada avec un permis de travail ouvert.
Comment maximiser tes chances qu'un employeur obtienne une LMIA pour toi
Voici des stratégies concrètes pour convaincre un employeur d'investir dans une LMIA :
- Cible les régions en pénurie : provinces de l'Atlantique, territoires, régions rurales où les taux d'approbation sont plus élevés
- Possède des compétences rares : spécialisations techniques, certifications uniques, expérience dans des niches spécifiques
- Démontre ton engagement : exprime clairement ton intention de rester à long terme et de demander la résidence permanente
- Facilite le processus : prépare ton CV au format canadien, tes diplômes évalués (ECA), tes références vérifiables
- Sois flexible : accepte de commencer à un salaire légèrement inférieur (mais toujours conforme aux normes) avec augmentation après la période probatoire
- Réseaute activement : participe à des événements virtuels, contacte directement les employeurs, utilise LinkedIn de manière stratégique
Les employeurs sont plus enclins à investir dans une LMIA pour un candidat qui démontre professionnalisme, préparation et engagement à long terme.
Questions fréquentes
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Un travailleur étranger peut-il chercher une LMIA lui-même ?
Non. La LMIA est une démarche de l'employeur, pas du travailleur. C'est l'employeur qui soumet la demande et paie les frais de 1 000 $ CAD. Le rôle du travailleur est de s'assurer d'avoir les qualifications requises et de fournir ses documents à l'employeur une fois la LMIA approuvée. Tu peux cependant chercher activement des employeurs disposés à entreprendre cette démarche pour toi et leur faciliter le processus en préparant tes documents à l'avance.
La LMIA garantit-elle un permis de travail ?
Non. Une LMIA positive permet à l'employeur de faire une offre formelle et au travailleur de déposer une demande de permis de travail auprès d'IRCC. Mais IRCC évalue ensuite indépendamment la demande de permis du travailleur — son admissibilité, son état de santé, ses antécédents criminels et de sécurité. Une LMIA positive est nécessaire mais pas suffisante. Environ 95 % des demandes de permis de travail basées sur une LMIA positive sont approuvées, à condition que le travailleur soit par ailleurs admissible au Canada.
Combien de temps une LMIA positive reste-t-elle valide ?
Une LMIA positive est valide pendant six mois à compter de la date d'émission. Durant cette période, l'employeur doit faire une offre d'emploi formelle au travailleur, et celui-ci doit soumettre sa demande de permis de travail. Si le travailleur ne présente pas sa demande dans ce délai, l'employeur devra obtenir une nouvelle LMIA en recommençant tout le processus et en payant à nouveau les frais de 1 000 $. Il est donc crucial d'agir rapidement une fois la LMIA approuvée.